Chers amis mélomanes,

Du 1er au 4 avril 2027, nous vous invitons à Beaune pour un festival placé sous le signe du testament — deux cents ans après la mort de Beethoven, nous interrogeons ce qui, dans son œuvre, ne meurt pas.

Un testament, c’est d’abord une voix seule qui parle une dernière fois. Le concert d’ouverture, consacré au piano solo, nous place face à cette voix nue, sans appui ni refuge, portant à elle seule tout le poids de la pensée. C’est le silence avant la parole — et déjà, l’annonce de tout ce qui suivra.

Vient ensuite le trio avec piano, où cette voix solitaire cherche ses interlocuteurs. De l’Opus 1 n°3, encore porté par la fougue du jeune homme qui veut se mesurer à Haydn, jusqu’à l’Opus 97 — l’Archiduc, sommet de noblesse et d’équilibre —, en passant par l’Opus 70 n°2, nous traversons près de deux décennies d’un apprentissage : faire dialoguer trois âmes comme une seule.

Le troisième concert nous conduit au cœur du quatuor à cordes, là où Beethoven confie ce qu’il n’ose dire ailleurs. Le Serioso, opus 95, tendu jusqu’à la rupture ; l’opus 135, testament ultime où la question posée à l’humanité — Muss es sein? — trouve une réponse d’une sérénité presque déconcertante ; et le premier Razumovsky, opus 59 n°1, où le quatuor classique éclate pour devenir symphonie de chambre. Trois visages d’un même homme, à trois âges de sa vie, à l’approche de sa mort.

Et puis, en forme d’apothéose, la transcription par Liszt de la Neuvième Symphonie pour deux pianos — un testament reçu, transmis par un autre musicien, qui fait tenir dans dix doigts multipliés par deux l’univers entier d’une œuvre ayant changé le sens même de ce que la musique peut dire de l’homme. Deux siècles après sa disparition, Beethoven nous est ainsi rendu deux fois : par sa propre voix, et par celle de ceux qui ont choisi de la porter plus loin.

Dans les pierres de Beaune, où chaque concert semble déjà appartenir à la mémoire du lieu, nous vous attendons pour recevoir ensemble cet héritage — non comme une relique, mais comme une parole encore vivante.

Avec mes salutations musicales,

Sung-Won Yang
Directeur artistique

 

 

photo Jean Lim

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